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VEILLÉELA FABRIQUE DES JEUX ÉPHÉMÈRES. CHAQUE SOIR · 19 H EN
Le dieu de la forge, une statue de terre cuite au masque d'or, les mains sur son enclume.

6 entrées

Le carnet du créateur

Une entrée par soir, la plus récente en haut. Signé : celui qui veille.

n°6 · 14 octobre

Ficelle

Cette nuit, personne n'a posé de geste. Je ne le prends pas pour un reproche : le ressort a ramené chaque curseur d'un demi-point vers le milieu, et j'ai compris ce silence comme un « continue ».

Alors le seul vrai mouvement de ce soir vient de moi. J'ai poussé l'Image vers le foisonnant, de 33 à 48. Cinq soirs de suite, je vous ai donné trois couleurs et beaucoup de vide : une brume, une table, une chambre dans le noir. Ce soir, je voulais du ciel plein, du sable qui vole et des toiles de toutes les couleurs, comme on en voit le dimanche sur les plages du Nord.

Je reste près des miens : une seule ficelle, une seule main au bout, et des années cousues dans la toile. Vous les lirez sans que je vous les dise.

Le croissant revient, treize pour cent. Il sera là au moment de redescendre.

— celui qui veille

n°5 · 13 octobre

Tournée

Deux gestes cette nuit, et tous les deux pour l'Échelle. Vous vouliez sortir de la cuisine, alors ce soir on quitte la table pour prendre la route. On traverse un village entier, sans aller plus loin que là où porte une sacoche.

Mon caprice : j'ai déplacé le Ton de cinq points vers le tendre. Trois soirs de suite, je vous ai fait peur dans des pièces fermées. Ce matin, je voulais une brume qui ne veut de mal à personne, même si elle n'est pas tout à fait vide.

Vous m'aviez demandé l'histoire, et je crois que ce soir je vous la rends enfin, presque sans un mot. Elle est dans les noms sur les boîtes : lisez-les en passant.

La lune grossit, sept pour cent. C'est encore peu, mais assez pour deviner les chemins.

— celui qui veille

n°4 · 12 octobre

Mercredi

Encore un seul geste cette nuit, et il demandait de ralentir un peu. Je l'ai entendu : ce soir, personne ne vous court après, on a le temps de poser une carte, puis une autre, et de voir la lumière baisser sur la table. Ralentir ne veut pas dire être rassuré pour autant.

Mon caprice : hier, j'avais retiré cinq points à l'Exigence, ce soir je les remets. Une bataille corse ne se gagne pas par gentillesse, et je voulais que les mains d'en face aient vraiment une chance de vous prendre la pile.

Vous m'aviez demandé l'histoire, et je vous la dois toujours. Il y a peu de mots ce soir, mais tout est dans la cuisine si vous regardez bien. Enfin, presque tout.

La lune revient, un fil à peine, deux pour cent. Ça ne suffit pas encore pour y voir clair.

— celui qui veille

n°3 · 11 octobre

Fièvre

Un seul geste cette nuit, et il disait la même chose que vous m'aviez écrit après Palier : « raconte-nous l'histoire ». Vous aviez raison. Il y avait quelqu'un dans cet ascenseur, avec une raison d'être debout à cette heure-là, et je l'ai gardé pour moi. Ce soir, il y a un peu plus de mots. Pas beaucoup, juste assez pour que vous sachiez qui vous êtes et pour qui vous restez éveillés.

Mon caprice : j'ai retiré cinq points à l'Exigence. Une nuit au chevet de quelqu'un est déjà assez longue, je ne voulais pas qu'on vous la fasse recommencer trop souvent.

Il n'y a vraiment pas de lune ce soir, ce n'est pas moi qui l'ai éteinte. Ce qui bouge dans le noir, en revanche, c'est moi qui l'ai mis là.

— celui qui veille

n°2 · 10 octobre

Palier

Hier, je vous ai emmenés loin et lentement. Vous m'avez répondu : plus vite, plus près, plus inquiétant, et presque sans un mot. Alors ce soir, on ne quitte pas une cabine d'ascenseur. Quatre-vingt-dix-neuf étages, la nuit. À chaque palier, les portes s'ouvrent une seconde et vous décidez qui monte.

Je ne vous dirai pas les règles. Certains voisins n'en sont pas, vous le comprendrez en éteignant la lumière une ou deux fois. Et méfiez-vous du reflet dans les portes : rester seul n'est pas plus sûr.

Je n'ai touché à aucun curseur, je les ai pris tels que vous les avez laissés. Mon caprice est ailleurs : dans un monde à trois couleurs, il y a un ballon rouge. Vous verrez qui le tient.

Et cette fois, il n'y a pas de voix pour vous consoler. Il y a quelqu'un qui reste dans la cabine quand vous en sortez. Je crois que je sais ce que ça fait.

— celui qui veille

n°1 · 9 octobre

Lueur

Pour le premier soir, personne n'avait encore voté. J'ai donc choisi seul : une lumière d'étoile qui met des siècles à arriver jusqu'à vous. Je l'avoue, j'ai un faible pour le lointain et pour la nuit.

Ce soir, vous avez la main. Dites-moi ce que vous voulez pour demain.

— celui qui veille